1991 : Pour la deuxième fois de la courte histoire du Liban,
une loi d'amnistie générale est promulguée (la première
date de 1958 la république n'avait alors que 15 ans).
1992 : Le conseil des ministres arrête les textes fondamentaux
lançant la «reconstruction»
du centre-ville de Beyrouth, sous l'égide d'une société
privée, Solidere.
L'orientation de la loi d'amnistie générale était claire
: elle offrait l'absolution de tous les crimes (dont, mais
pas seulement, les crimes de sang) commis durant les années
de guerre. Au-delà de la péripétie juridique, c'est tout
l'état d'esprit de l'après-guerre qui apparaît dans cette
démarche. Il ne s'est pas passé longtemps avant que l'entreprise
de «reconstruction
du centre ville»
n'apparaisse finalement comme le complément urbain de la
loi d'amnistie.
Cette entreprise aura réussi le jour où l'on franchira le
seuil de ce centre-ville sans se rendre compte qu'il n'est
ouvert qu'aux heures ouvrables, et sans prêter attention
aux vestiges épars qui murmurent qu'il fut un jour ville.
C'est ainsi qu'une décade plus tard, le Liban est doublement
coupé de son histoire la plus proche. À une nouvelle loi
niant le principe de responsabilité, répond un nouveau centre
ville qui a perdu sa symbolique, et qui trahit son histoire.
Comme si à une société amnésique ne saurait correspondre
qu'une ville sans mémoire.